Pour Frédéric, les chartes graphiques vont se simplifier et retrouver leur naïveté d'autrefois : deux voire une seule colonne, noir sur blanc. C'est en effet la tendance, mais je ne saurai croire à un retour aux sources si marqué : que faire de toutes les années précédentes qui ont permis de faire évoluer les usages ?
Le noir va laisser la place au gris typographique, changement peut-être anecdotique mais pas anodin car il permet d'augmenter significativement la lisibilité des pages tout en leur conférant un certain cachet. Le travail sur les polices est aussi un héritage important, priorité aux caractères délicats et fins : Lucida et Verdana sont incontournables. L'Helvetica est également une bonne alternative, peut-être un peu rondelette. Arial, trop grosse et maladroite, n'est jolie que pour les gros titres, mais même pour cet usage, on lui préférera la Tahoma. Pour les énormes entêtes, Trebuchet MS a une certaine classe (que l'on retrouve en 11px et moins).
Je ne pense pas vraiment que les tailles fixes à une colonne deviennent si courantes. Comme Frédéric le fait remarquer, les tailles d'écran sont en constante augmentation et il serait quelque peu illogique de continuer à faire des maquettes étroites pour conserver une comptabilité ascendante avec des moniteurs en voie de disparition. Les colonnes sont justement très utiles pour occuper la place disponible tout en limitant la largeur du contenu principal afin d'éviter les lignes longues et illisibles ; mais c'est vrai qu'elles véhiculent une image archaïque et dépassée, réputation imméritée. Je trouve même que le semi-étirable, avec des max-width, est très intéressant : il est compatible avec Firefox, Opera, Safari, IE7, et une alternative existe pour IE6/JavaScript. Parler d'accessibilité ne me semble pas vraiment à propos dans le sens ou un contenu étiré est toujours lisible, et sans perte d'information. La population d'utilisateurs qui doivent subir le léger désagrément du contenu en pleine taille est de plus restreinte : les écrans de 19" (sinon, c'est vraiment mineur) et plus avec IE6 (rappelons que Windows Update propose IE7) et le JavaScript désactivé ne sont pas légion. Et ce serait bien hâtif que d'assimiler mon propos à ceux qui déclarent ne pas vouloir rendre leurs sites accessibles pour une minorité d'handicapés : il s'agit simplement de ne pas proposer un affichage optimal à quelques réfractaires. Non, vraiment, je ne vois pas de point bloquant à l'adoption du max-width. Comme Frédéric l'écrit, la limite à partir de laquelle la lecture de lignes devient vraiment pénible se situe autour de 1400 pixels (même si j'aurai même plutôt tendance à la revoir à la baisse) : restent 1200 pixels sur lesquels peuvent s'étirer le contenu. Un site que je trouve bien réalisé, celui du Parti Communiste Français (hors toute considération politique), combine : des colonnes jolies et utiles qu'il serait bien malvenu de supprimer et un contenu étirable qui reste convenablement dimensionné : 1100 pixels sur mon écran 1600*1200 (bien que l'absence de max-width risque d'être dommageable sur les plus grandes résolutions). Pour moi, c'est ce type de maquettes qui se démarquera sur les sites institutionnels car elles sont fonctionnelles, et ce sont les chartes graphiques simplettes et à une/deux colonnes qui seront prisées sur les blogs et les sites web 2.0 car elles sont à la mode. Sur ces derniers, la mode (toujours...) des arrières-plan qui se répètent sur toute la page en dépassant les limites du contenu ne se démentira pas. Enfin, les sites "graphiques", autrefois habillés de tuyaux et de biseautages réalisés avec Photoshop, vont se parer de formes vectorielles aux couleurs simples, du plus bel effet.
Le Web mobile va commencer à faire partie des préoccupations des webmasters, mais dans une moindre mesure. Les premiers sites à implémenter des CSS "mobiles" seront ceux pour les jeunes et ceux pour les pros (la bourse, à tout hasard), qui sont pour l'instant les seules cibles avec lesquelles l'investissement peut-être rentable : le Web mobile aura du mal à se démocratiser tant les forfaits et les appareils seront trop chers pour être vraiment attractifs.
Je crois aussi au retour en force du JavaScript sur les sites lambda (les sites web deux point zéro sont déjà équipés de leurs scripts faits maison), grâce à l'abondance de bibliothèques extrêmement bien conçues rendant son utilisation simple et efficace. Elles ne présentent presque aucun inconvénient : conçues avec les standards, elles produisent un code beau et valide, permettent une personnalisation quasi sans limites et ne sont pas incompatibles avec des solutions plus simples et plus accessibles. Le risque est bien sûr une utilisation disproportionnée et mal réfléchie de ces nouveaux outils, mais ce qu'apportent ces scripts permet, pour peu d'y avoir réfléchi, de rendre extrêmement ergonomique les sites où l'utilisateur a des données à entrer (déclarer ses impôts avec jQuery...) et de mettre en place des fantaisies graphiques puissantes et accessibles qui étaient impossibles à obtenir avec des CSS. Les bords arrondis par exemple.
Pour les sites commerciaux, je rejoins l'analyse de Frédéric : les e-commerçants ont enfin compris, ou vont enfin comprendre, que ce ne sont pas les bannières clinquantes et les boutons rouge clignotants qui sont les plus efficaces pour aguicher un acheteur. Les vendeurs de la vraie vie ne vous recommandent pourtant que rarement d'acheter des pamplemousses en promotion quand vous vous renseignez sur les différents types de peinture ; ils préfèrent vous conseiller des blouses de protection ou des nouveaux pinceaux en poil de daim qui peignent deux fois plus vite. Ce concept simpliste va enfin être transposé sur le Web marchand ou la pertinence et l'adaptation du contenu avec le profil de chaque visiteur (formidable aubaine offerte par Internet et difficilement reproduisible dans les magasins) seront de rigueur. Mais quand je vois le site de la Fnac, je me dis qu'il y a du chemin à parcourir pour que l'e-commerce grand public devienne vraiment ergonomique et orienté vers le client.
Sur ce, excellente année 2007 à tous !


