Première mauvaise surprise, Scribus est un logiciel utilisant qt, un KDE en quelque sorte. Peur de la lenteur, et assurément moche. Mais l'habit ne fait pas le moine, paraît-il.
On me conseille rapidement de tester la version non stable de Scribus, la 1.3.3.3, qui s'installe assez facilement via un dépôt. Je commence donc mon document en utilisant cette version de développement à priori bien meilleure que la 1.2.4... un important travail de stabilisation ayant été réalisé. Mais la première chose qui me frappe, c'est bien le nombre de bugs. En quelques jours, j'en trouve près de 10, et en reporte la moitié sur le gestionnaire de bugs de Scribus. L'éditeur de texte qui ne se met pas tout le temps à jour, un décalage de hauteur des colonnes avec une lettrine, les propriétés de plusieurs objets sélectionnés qui ne s'appliquent qu'à l'un d'entre eux, l'import SVG mal géré, l'impossibilité de modifier un cadre en arrière-plan, ... la liste est longue. Un peu refroidi, je décide de retourner sur la version dîte stable... seulement, le format de fichier a changé, et mon document réalisé avec la 1.3.3.3 n'est pas reconnu ! Il va donc falloir faire avec les bugs.
Je me rend également rapidement compte que les dégradés sont très mal gérés. Ils apparaissent tordus, et de disgracieuses couleurs grises apparaissent en plein milieu si leur opacité est baissée. Ouf, me voilà rassuré, il ne s'agit qu'un bug de l'archaïque librarie libart, amenée à être remplacée par Cairo. À l'impression ou à l'export PDF, les dégradés apparaitront correctement. Au fur et à mesure, on commence à se faire à ces bugs, et l'utilisation devient plus simple. La gestion du texte est assez complète, bien que les développeurs aient refusés d'intégrer le « faux gras » (graissage automatique des caractères normaux en cas d'absence de la variation de la typo), ce qui est déroutant au premier abord. Il faut ainsi changer de police de caractère pour bénéficier du gras. Excellente gestion de la césure française, permettant ainsi des textes justifiés plutôt équilibrés, comme l'aurait permis un logiciel professionnel. Également bonne gestion des images, auxquelles quelques effets sont applicables. Vous bénéficiez bien sûr de l'outil habillage permettant au texte de contourner une zone définie avec, par exemple, des courbes de bézier. Scribus est très gourmand en RAM, il est monté jusqu'à 400Mo pour un document de 14 pages... C'est paraît-il dû au grand nombre d'images et aux cadres de texte chaînés, mais ça reste trop élevé...
Toutes les fonctions sont assez naturelles, et la prise en main est assez rapide. Le logiciel est loin d'être aussi amateur que je l'imaginais, tant il est complet. Un peu en deça d'InDesign et d'Xpress tout de même, en ne proposant par exemple pas de paramétrage avancé de la justification, mais un grand nombre d'actions sont possibles. Les options d'exportation en PDF sont absolument remarquables et permettent de créer à partir du fichier un document PDF directement exploitable par une imprimerie.

Je dois bien dire que pour l'apprécier, bien que buggué, j'ai été aidé grâce au canal IRC #scribus. Ce ne serait sûrement pas prétentieux de le qualifier d'exceptionnel... Je n'ai jamais vu le canal d'un logiciel libre où ce sont les développeurs qui assurent le support, qui vous disent si tel comportement est un bug ou comment faire une manipulation... vraiment, chapeau. Et si le gestionnaire de bugs en reçoit parfois plusieurs par jour, parfois plusieurs sont résolus chaque jour.